Quart de nuit #02
Scélérate
En veille ✍️
“On s’en est pris des branlées dans le Grand Sud.”
“Des vagues comme des immeubles.”
“Des murs d’eau de 10 à 20 mètres de haut.”
Ils racontaient leurs cinquantièmes hurlants entre la poire et le dessert, les bouteilles de Nuits-Saint-Georges déliaient les langues, et les marins faisaient des phrases.
“Tu me repasses le fromage ?”
Je les écoutais au ras de mes sept ans. Tête couchée sur la nappe, je fixais leurs mains burinées par le sel, crochetées aux couverts comme à des cordages. À quoi ça ressemble un mur d’eau ? J’imaginais un océan bétonné comme le parvis de la Défense, planté de tours en ciment, et Grand Louis, la goélette de mon grand-père, slalomant entre des gratte-ciel prêts à s’abattre sur son mât de misaine.
Plus tard, bien plus tard, j’ai appris qu’elles avaient un nom ces vagues.
Les vagues scélérates.
Des monstres océaniques. Elles poussent sans prévenir, énormes. Des brutes. Elles s’abattent sur les bateaux, les fracassent et les envoient par le fond en les asphyxiant sous leurs kilotonnes.
Scélérates.
Un adjectif suranné, avec son attaque sifflante et ses airs de duchesse infréquentable tirée du roman de Laclos. Plus que les vagues, ce sont les femmes qui en prennent pour leur grade. Les scélérates, on les juge, on les méprise, on les met au ban, souvent parce qu’elles dérangent, elles se débattent.
Scélérate.
Une vague. Une sentence.
Scélérate, c’est le titre de mon roman. Il sort le 21 août en librairie.
Balise 📍
“En haute mer, pas un rocher. Aucun trait de côte. La fureur a un boulevard devant elle.”
Le mois prochain, je vous parlerai des trois personnages qui ont embarqué pour cette traversée de l’Atlantique : deux femmes et un homme.



can't wait!!!!
<3